Panama Papers : une aventure journalistique incroyable

 

 

Avoir réussi à tenir cette enquête sur les "Panama Papers" secrète durant tous ces mois est à peine croyable. Dans les services de renseignements, on dit que lorsque plus de trois personnes sont au courant, il est impossible de tenir une information secrète. Dans cette opération, nous étions 380 journalistes à être dans la confidence. 

 

Même ma mère a découvert lundi matin ce sur quoi je travaillais depuis tout ce temps.

 

Nous avons tout de suite compris que c’était énorme

 

"Cash Investigation" – et notamment Edouard Perrin – fait partie du consortium international des journalistes d’investigation. Il y a environ un an, nous avons été contactés au sujet d’une importante fuite de documents.

 

Le premier rendez-vous a eu lieu en juin dernier à Washington, nous étions environ 50 journalistes du monde entier. Deux journalistes du "Süddeutsche Zeitung" nous ont alors appris avoir obtenu des données concernant une vaste affaire d’évasion fiscale et de blanchiment d'argent, des données tellement nombreuses qu’ils ont fait appel au consortium. Par la suite, l’afflux de documents s’est encore intensifié.

 

Nous avons tout de suite compris que c’était énorme, mais nous avons dû beaucoup travailler face à l’immensité des données. 

 

 

 

La coopération fait la puissance du résultat

 

Pour la première fois dans l’histoire, près de 380 journalistes et 80 médias du monde entier ont travaillé ensemble tout au long de l’enquête. C’est totalement inédit. C’est cette collaboration qui fait la puissance du résultat. 

 

Nous avons vécu une aventure journalistique incroyable. 

 

Pour pouvoir collaborer de façon la plus efficace possible, nous avions un serveur sécurisé, une sorte de moteur de recherches sur lequel on pouvait taper n’importe quel nom pour voir s’il apparaissait dans les documents. Nous avions également un forum, sécurisé lui aussi, pour communiquer avec les autres journalistes. Ces outils nous ont permis d’avancer très vite dans l’enquête.

 

 

C’est l’utilisation des sociétés offshore qui pose problème

 

À "Cash Investigation", nous avons voulu comprendre comment marchait ce système de dissimulation d’argent. Nous nous sommes intéressés aux cas français, mais aussi aux avocats qui servent d’intermédiaires et aux banques, car il n’y a pas d'évasion fiscale sans compte en banque et donc sans complicité (au moins passive) des acteurs bancaires. 

 

L’affaire est complexe car détenir une société offshore n’est pas illégal mais l’utilisation qui en est faite peut, elle, très vite poser problème. 

 

Ces sociétés écran ont deux particularités : elles assurent l’anonymat à leur propriétaire et elles permettent de ne payer aucun impôt si l’argent a été gagné en dehors du pays où la société est implantée. 

 

Par exemple, si un Français détient une société non déclarée au Panama, l’argent échappe au système fiscal français et la structure peut être utilisée pour du blanchiment ou de la fraude fiscale. 

 

Cahuzac, Gérard Autajon… Beaucoup semblent perdre la mémoire

 

Après des mois de travail, nous nous sommes rendus devant le siège de Mossack Fonseca, le cabinet d’avocats d'où provient la fuite de documents. Nous étions 25 journalistes, français, danois, allemands, suédois, finlandais, australiens, américains… Tous avec nos caméras devant la boîte panaméenne après avoir enquêté tous ensemble sur les mêmes documents. Cela n’arrive qu’une fois dans la vie d’un journaliste.

 

Nous avons attendu longtemps avant que le représentant de la communication ne descende pour nous distribuer un communiqué, le minimum. Le patron de Mossack Fonseca est également ministre conseiller du président panaméen et président du parti au pouvoir au Panama. Il a quitté ces deux mandats le lendemain de notre venue pour se consacrer à sa défense. 

 

Parmi les personnalités citées dans l’enquête que nous avons contactées, beaucoup ont des trous de mémoire. Peu se souviennent qu’ils détiennent des sociétés offshore, à l’instar de Jérôme Cahuzac. Bizarrement, ce n’est qu’après quelques temps qu’ils finissent par se souvenir… 

 

On espère que cette vaste enquête servira à pointer du doigt le rôle des sociétés offshore dans l’évasion fiscale. Il est temps de les combattre.

 

 

Propos recueillis par Louise Pothier pour L'Obs

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