Par delà les nuages, le paradis au Pakistan

Un frisson me parcourt l'échine. Je viens de franchir un petit col rocheux, quasi lunaire, lorsque la vallée de Shrigar s'ouvre devant moi. J'ai un penchant particulier pour les paysages, les beautés brutes qu'ils recèlent, les sensations qu'ils procurent. Mais celui-ci dépasse par son immensité beaucoup de ceux que j'ai pu voir jusqu'à présent. Un oasis de peupliers, d'abricotiers et de petits arbres argentés s'étend sur le fond d'une vallée parfaitement plate. Accolé à ce jardin divinement  suspendu dans ces hauteurs de l'Himalaya, le cour argenté du Shrigar, un affluent de l'Indus, renvoie par milliers les éclats d'un brillant soleil d'altitude. De chaque côté, encadrant ce paysage biblique, surgissent d'immenses barrières rocheuses, complexes, presque effrontées ; leur radicalité géologique s'élancent à la conquête d'un épais ciel bleu marine où flottent des nuages de dessins animés

 

 La vallée de Shrigar, Pakistan (Crédit Photo BB)

 

Il est curieux de penser lorsqu'on arpente ces contrées enchanteresses aux qualificatifs adjoints de manière quasi systématique au terme "Pakistan". Dangereux, instable, imprévisible... Je m'amuse à penser qu'un Taliban qui atteindrait cette province, devant la beauté de ces paysages, en perdrait son arme et toutes velléités de jihad. 

Car nous sommes bien au Pakistan. Petites précisions géographiques : 
Au nord du pays s'élèvent certains des sommets les plus hauts du monde. Dans un enchevêtrement minéralogique semblable à un mikado rocheux géant, l'Afghanistan, le Tadjikistan, la Chine, l'Inde et le Pakistan se rejoignent. 
À l'Ouest, l'Hindu Kush, la chaîne de montagnes qui prend naissance au centre de l'Afghanistan, expose ici son mont le plus élevé, le Tirich Mir, à 7 690 mètres d'altitude. Au Nord, les massifs du Pamir venus du Tadjikistan. Au Sud, ceux du Karakoram, dont le sommet le plus haut, le K2, côtoie à 8 mille 611 mètres les profondeurs de notre atmosphère.

 

Et au milieu coule le Shrigar...

 

 La rivière Shrigar, affluent de l'Indus (Crédit Photo BB)

 

Sur sa berge orientale, le village du même nom s'étend sous les peupliers autour d'un terrain de polo. Les hommes sont petits. Trapus. Coiffant leurs visages burinés, ils portent le pacole, couvre chef de laine aux bords roulés dont ne se séparait jamais le commandant Massoud. Ce sont des Baltis, de proches cousins des Tibétains dont ils partagent le dialecte. Leur région, le Baltistan, est d'ailleurs surnommé depuis des siècles le "petit Tibet".

 

 Les Baltis parlent un langage proche de l'ancien tibétain (Crédit Photo BB)

 

Il n'y a pas de burquas au Baltistan. Il n'y en a sans doute jamais eu. Les femmes se drapent dans pièces d'étoffe colorées. Un explorateur débarquant dans ces contrées au XIXè siècle, sans crainte d'être accusé de misogynie, dirait sans doute d'elles qu'elles sont farouches. Je note surtout qu'elles sont partout dans le village et dans les champs alentours et que les jeunes filles, l'air espiègle, soutiennent le regard du visiteur. Voilà qui a de quoi surprendre dans un pays où l'on peut traverser des régions entières sans apercevoir l'ombre d'une femme.

 

 

 Un mosquée de plus de 600 ans dans le village de Khaplu (Crédit Photo BB)

 

Avant de venir me perdre dans ce bout du monde, à Islamabad, un ami m'avait dit que l'Himalaya pakistanais était l'un des plus beaux endroits qu'il avait vu. Je m'étais donc préparé à ce que j'allais découvrir. Mais il est difficile d'imaginer l'immensité. Voilà un coin de paradis... et il se trouve au Pakistan.

 

 

 

 Couché de soleil sur les monts du Karakoram (Crédit Photo BB)

 

 

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